| La
Cordillère Blanche
est située au Pérou qu’elle partage
en deux, avec un versant amazonien très arrosé
(Versant Est) et une Sècheresse croissante coté
Pacifique. Ce massif est la plus belle des cordillères
: la plus grande, la plus haute,la plus enneigée,
d’ou son nom…
Plus de 300 sommets de plus de 5000m, plus de 30 au dessus
de 6000m, terrain de jeu encore peu fréquenté
sur sa majeure partie…Il n’en fallait pas
plus pour faire rêver trois alpinistes chablaisiens,
par ailleurs « compagnons de jeu » au sein
du groupe de Ski-Alpinisme
des Vorosses du CAF du Léman…
Nous avons décidé de tester notre envie
d’évasion et la solidité de notre
amitié au sein de ce massif prestigieux qui a déjà
depuis un certain temps envahie nos discussions lors de
nos sorties hivernales, et d’y mener une expédition
légère et réactive d’un mois
en vue de gravir trois à quatre sommets.
Légère car nous comptons mettre à
profit notre expérience de la compétition
pour optimiser notre matériel.
Réactive car nous ne sommes que trois, avons de
solides mollets et souhaitons largement faire appel à
notre humeur du moment pour adapter notre programme sur
place…
C'est décidé,
seul le Plaisir comptera !!
Forts de notre envie d’aventure et de nos expériences
antérieures, nous avons décidé de
mener à bien nous même nos projets, sans
passer par une organisation commerciale.
Au delà de la motivation que nous apporte cette
démarche, nous y voyons également un moyen
de réduire certains frais et de répondre
à notre envie de réactivité et d’authenticité…
Programme
- notre but est d’acquérir
rapidement un bon niveau d’acclimatation, afin de
nous permettre d’aborder avec sécurité
des altitudes importantes et des sommets prestigieux.
- le Pisco nous a semblé un sommet
idéal pour nous adapter à l’altitude
: facile d’accès, depuis la vallée
du Santa Cruz et le col de Punta Union , le Pisco est
un sommet accessible et sans difficulté de 5750m,qui
offre un panorama somptueux sur de prestigieux sommets
de la cordillère : le Huandoy, le Chacraraju, le
Huascaran, le mythique Alpamayo, considéré
comme l’une des plus belles montagnes du monde…
- le « point culminant » de notre voyage devrait
être le Huascaran, point culminant
de la cordillère avec 6768m. Cependant, ce sommet
présente une barre de séracs à traverser
qui, suivant l’enneigement, peuvent s’avérer
impraticable. Le cas échéant, nous avons
prévu de nous reporter sur le Chopicalqui, 6354m,
sommet situé près du Pisco
- la plus grande difficulté technique de notre
périple, et nous l’espérons son point
d’orgue, sera le mythique Alpamayo,
5957m, par sa face est impressionnante dans ses cannelures
de glace.
- le reste de notre séjour, (s’il en reste
!…) sera consacré à du tourisme local,
avec peut-être la visite du Machu Pichu…
Nous
avons prévu une concertation avec les guides locaux,
afin d’adapter ce programme avec les conditions
rencontrées, et peut-être quelques opportunités…le
principe est de fonctionner en style alpin, avec peut
de matériel et en se faisant aider par des porteurs
ou des muletiers jusqu’aux camps de base.
|
Les
participants |
Nicolas
Châtel
39 ans
Ingénieur Conseil Infrastructure |
 |
Joel
Treboux
44 ans
Responsable d’activité groupe Spie |
 |
Yvon
Baud
49 ans
Chef d’entreprise de bâtiment |
 |
1
mois après le retour...
Cette expédition avait
pris dès le début un rythme rapide :
Samedi 16 juin 2007, 11h30 du soir, dans un restaurant au sommet
des pistes du Chéry, je calculais le nombre de minutes
qu’il me restait avant l’embarquement en écoutant
le père de la mariée dire du bien de son beau
fils… 3h du matin, lever à peine coucher, 4h du
matin, fermeture du sac marin et dernière pesée
des sacs. 5h du matin, nous posons inquiets devant le comptoir
d’enregistrement de la KLM, en dépassement de poids
bagages présumé, bientôt confirmé
et même payé !!
Les avions sont souvent climatisés de manière
surprenante… c’est pourquoi le port du goretex haut
et bas ainsi que les « Népal top extrême
» aux pieds créaient plus de curiosité que
d’inconfort…
Dimanche 17 juillet 18h, nous découvrons un Lima embrumé
et embaumé de gaz d’échappement qui nous
inspire très peu. Après avoir couru les gares
routières avec 100 kg de bagages et 7 sacs, nous enchaînons
donc par un car « Semi-Cama » pour Huaraz le soir
même.
Je suis tellement fatigué que j’en ai du mal à
dormir… j’aurais donc le privilège de ressentir
la tête qui sonne au passage de cols à plus de
4000 m dans la nuit.
Lundi 18 Juillet, 6h30, nous sommes collés aux vitres
devant un décor de sommets grandioses qui ceinturent
une ville déjà grouillante de monde.
Place maintenant à l’acclimatation que nous commençons
le jour même.
Jeudi, après 4 jours
de marche, sieste et découverte de Huaraz, nous commençons
les choses sérieuses : ascension du Pisco.
Le Pisco, à une altitude de 5700m, est un sommet assez
facile qui forme un belvédère remarquable sur
les hauts sommets de la Cordillère Blanche. Une route
superbe traverse le massif au pied du sommet (jonction entre
Hungay et Yanama) en passant par le « Portachuelo de Llanganuco
» à 4765m ! Le départ pour le sommet se
fait à Cebollapampa, à environ 4000m, après
une ballade de presque 30 Km en taxi sur une route caillouteuse
qui vaut son pesant de cacahuètes !(le taxi ne nous avait
pas dit qu’il ramassait tous les paysans au bord de la
route, pour monter à huit personnes dans une Toyota Corolla,
avec nos sacs d’alpinistes…)
Un cliché sur la lagune Llanganuco, superbe, puis c’est
la monté au refugio Peru, à 4665m. Ce sera notre
seule nuitée en refuge, car nous avons voulu la légèreté
et n’avons par conséquent pas sollicité
les services d’un cuisinier. Refuges spacieux, très
confortables, chers et vides…
Vendredi 22 Juin, levé 1h45, la nuit ne semble pas trop
froide, et une autre cordée d’Italiens se prépare.
Nous leur emboîtons le pas, car ils ont un guide local
(compagnie « Don Bosco », toute une histoire au
Pérou) et le passage du chemin dans une moraine caillouteuse
difficile est incertain. Dès que la pente se redresse
et la neige en vue, nous déboîtons et prenons notre
rythme. La forme est au rendez-vous, mais nous restons très
prudents et concentrés sur l’effort : ce n’est
que l’apéritif !!
Le jour nous guette sous le sommet, et nous permet de faire
de splendides photos, le brouillard nous rejoint au sommet et
coupe toute ambition de profiter du panorama !!
Ceci couplé avec un froid intense, il n’en faut
pas plus pour que nous tournions les talons immédiatement
pour la descente , à 7h30. Comme il y a un dieu pour
les Vorosses, le brouillard se lève 50m sous le sommet
et nous donne une vue somptueuse sur le Nevado Chacraraju qui
relègue le Cervin à une petite bosse érodée…
Arrivés
au refuge, nous sommes sévèrement émoussés,
et les photos prises au sommet nous confirment que l’altitude
nous a bien châtiés !
Nous décidons par conséquent de descendre immédiatement
(il est 11h du matin) et prenons donc 600m de plus d’effort.
La récompense est un bon repas et un lit moelleux le
soir même à Huaraz ! à 7h au sommet, à
16h en ville, c’est ça le Pérou !!
Le Samedi sera notre jour de repos de la semaine, nous ne faisons
qu’une petite ballade à 4000m, après être
monté en taxi !Vivres de course : Empanadas à
la Carne.
Le
Plat principal c’est pour maintenant : le mythique Huascaran,
dont la masse écrase la ville, et dont une chute de séracs
causée par un séisme en 1970 avait engloutie la
ville de Hungay dans une avalanche terrible ! (plusieurs milliers
de morts, une ville anéantie).
Ce sommet pose des problèmes d’accessibilité
et de dangers objectifs depuis 10 ans (passages très
exposés aux séracs, avalanches fréquentes)
et nous avions décidé de ne le faire que si les
conditions sont acceptables.
Les conditions sont bonnes, voir excellentes, comme elles ne
l’ont plus été depuis des années
! Mario Masuelo, un guide qui dirige une agence locale et parle
français, est notre conseiller : « tout ce que
tu veux, tu demandes, pas de problèmes !! ». Il
a raison, c’est pourquoi dès le dimanche nous repartons,
toujours en taxi, avec à notre bord un cuisinier adorable
et dévoué : Dionicio va maintenant nous accompagner
jusqu’à la fin pour enrayer toute perte de poids
naissante.
Le jour même, nous montons depuis Musho au camp de base
du Huascaran par un sentier superbe qui s’élève
en belvédère sur la vallée. Premiers sandwichs
au thon, avec deux « caramelos » comme dessert.
Nous sommes légers, deux mules s’occupent du reste.
Première
nuit en tente, premier repas en camp.
Les quelques figures croisées à la descente, défaites
par l’altitude et le vent, nous incitent à la prudence.
Mais la bonne étoile Vorosse est avec nous, et le ciel
est d’un bleu intense et profond.
Lundi, à 7h du matin, un porteur est déjà
monté depuis Musho au camp de base pour nous accompagner
au camp 1. Nous partons lourdement chargés, nous trois,
le porteur et le cuisinier qui en porte tout autant
(et même plus !). La montée est délicate,
en adhérence sur des grandes dalles lisses, mais le paysage
superbe nous fait exulter de joie : c’est le Pérou,
et le sommet se dresse à un jet de Vorosse au dessus
de nous !
Le camp 1, à 5400m, sera gagné après une
rude montée, qui nous laisse les cuisses meurtries.
Le soir, dans un coucher superbe, nous décidons de ne
pas repartir le lendemain et de prendre un jour d’acclimatation
supplémentaire. En effet, tout a été si
vite, et si soutenue, que nous voulons préserver le physique
et la sécurité au dessus de 6000m. Le danger du
Pérou est de rendre les choses rapides et faciles, mais
l’altitude est bien là, rapide ou pas.
La journée
se passe en contemplation de la vallée et des deux sommets
du Huascaran (nord et sud) qui nous surplombent, ainsi que de
la mystérieuse canaleta. La tête et l’état
d’épuisement des coréens qui redescendent
du sommet avec des guides et des porteurs plein les bras , en
se faisant traîner sur la neige, finit de nous convaincre
du bien fondé de notre décision !
Mercredi , départ pour le camp 2, à 6000m, au
col entre les deux sommets. Nous portons de nouveau lourd, même
si Dionicio a voulu nous accompagner en faisant un portage.
Il redescend immédiatement, nous avons considéré
son équipement comme insuffisant (c’est un pléonasme)
pour lui infliger une nuit à 6000m.
La montée est belle et dangereuse, avec des immeubles
de glace au dessus de la tête pendant des heures. Pas
de traces de chutes récentes cependant.
Au camp 2, nous retrouvons l’expédition qui n’est
pas restée comme nous en jour de repos. Ils sont de retour
à 16h du sommet, sans sommet pour cause de froid
et d’altitude.
L’après
midi se passe en fonte de neige et en thermos de thé.
En effet, l’hydratation représente l’un des
meilleurs moyens de lutter contre l’altitude, alors nous
buvons.
Nous nous mettons d’accord avec une cordée d’australiens
pour partir tôt le lendemain.
Jeudi, jour de sommet… Nous nous mettons en route
à 1h30, après un petit-déj de barres de
céréales et d’aspirine. La tête est
lourde d’une mauvaise nuit ou nous n’avons pas fermé
l’œil, mais dès que nous commençons
à marcher le corps reprend le dessus. Les conditions
sont idéales, pas un souffle de vent, température
clémente, ciel clair. Le début ressemble à
une promenade de santé, l’allure est régulière
et facile.
Les pentes se raidissent au dessus de 6200m, et nous finissons
par sortir la corde et quelques broches pour passer un petit
couloir bien raide. Un des australiens, Peter, nous rejoint
seul, son camarade n’a pas réussi
à partir. Après une longue traversée montante
et quelques passages délicats vers 6400m, nous sortons
au lever du jour sur une longue pente qui file vers le ciel
;
un « Bossetan » vers le sommet, en plus raide !
Le froid, la fatigue du jour, et l’altitude qui pèse,
vont sérieusement nous ralentir. C’est à
la volonté que nous mettons un pied devant l’autre
pour finalement déboucher sur une bosse type «
Mont Blanc » à 6768m,
à 8h45 du matin.
Le froid est vif mais acceptable, et la vue porte comme
il est impossible de l’imaginer sous nos latitudes polluées
:
à 360 °, que des sommets effilés et enneigés.
Ça fait neuf jours que nous sommes arrivés, et
déjà deux sommets dont le but principal de l’expédition
! C’est le Pérou !
Nous redescendons rapidement, et peu à peu la chaleur
nous tombe dessus. Quelques rappels plus loin et une marche
économe, nous sommes de retour au camp 2 vers 1h. Un
bol de thé, démontage immédiat du camp
pour descendre directement au camp 1 où nous attend notre
cuisinier !!
Cette descente sera peut-être plus pénible que
le sommet, la fatigue est là, nous sommes déshydratés
et épuisés, chargés comme des « burros
» (petits chevaux locaux). L’arrivée au camp
est lente, dans un four d’altitude qui nous cuit et nous
achève. Dionicio nous accueille avec une soupe gigantesque
aux légumes et au poulet, avec des morceaux entiers de
poulet ! La fatigue
a presque remplacée la fin, nous buvons surtout et allons
nous coucher après une « grosse journée
» !
Le lendemain n’est que du plaisir, avec une descente ensoleillée
au camp de base ou les mules nous attendent, puis à Musho
le corps léger… Nous semblons avoir bien récupéré,
et le soir même nous fêtons le sommet devant un
bon repas à Huaraz, avec Dionicio ! La fatigue nous cueille
à 9h du soir, nous laissant sans forces et nous privant
de salsa !
A partir de maintenant, seulement deux semaines après
être arrivés, tout le reste est du bonus !
Le
bonus sera de taille… Nous renonçons à l’Alpamayo,
considérant ne pas être prêts pour la difficile
« voie des Français », et nous rapatrions
sur le Chopicalqui, voisin du Huascaran aux arêtes effilées
(6400m).
Nous repartons le samedi matin, avec (enfin !) l’allure
d’une expédition normale : nous avons opté
pour
le « tout confort », avec un guide, notre cuisinier
préféré
et deux porteurs.
La montée au camp de base depuis la piste est tellement
courte que nous décidons de passer directement au camp
1, à 5000m.Ce sera une montée interminable dans
une moraine incroyable, avec des à pics à coté
du chemin…
Notre guide, Marco, a décidé de vérifier
ce que nous lui avions promis : « on a la forme, tu pourras
avoir un bon rythme ! ». Son rythme est incroyable, vu
le sac énorme qu’il a décidé de garder
(environ 30kg) comparé à nos 10 kg. Sa capacité
et sa vitesse nous paraissent ahurissantes ! (dis, tu veux pas
venir aux Vorosses, qu’on rigole ?) Il va néanmoins
le payer, et le lendemain il n’avance plus…
Le lendemain c’est la montée à 5500m, puis
après une courte nuit le départ à 2h du
mat pour le sommet.
L’ascension est superbe, splendide, aérienne et
engagée. Le jour nous cueille sous le sommet, et à
7h du mat nous levons les bras de la victoire.
La descente
nous prendra autant de temps que la montée, compte tenu
des efforts de sécurité du guide. Nous enchaînons
directement le retour au camp de base, pour mieux récupérer.
A 4h de l’après-midi, les pieds nus dans l’herbe
grasse, c’est le relâchement et le bonheur…
La partie d’alpinisme est finie, 17 jours après
notre arrivée, avec trois sommets et pas un jour de mauvais
temps !
La suite du séjour est consacrée à du
tourisme local, même s’il est quelquefois particulier…
Citons l’épique montée au Machu-Pichu,
depuis notre hôtel de Aguas Calientes, en pleine nuit,
avec un train d’enfer pour rattraper tout le monde,
et en moins d’une heure, ce qui nous fera arriver avant
l’ouverture, et avant les bus partis 30 mn plus tard…
L’acclimatation est bien là, et je vous le jure,
nous n’arrivons plus à faire taper le cœur
!
Le retour vers la France nous ramène à nos modestes
montagnes, si belles cependant, avec le sentiment d’avoir
vécu un moment privilégié, et de ramener
autant de belles images qu’une certaine forme de repos
et d’humilité devant ce peuple courageux et sympathique,
montagnard lui aussi…
Alors n’hésitez pas, et surtout rappelez-vous,
ne prenez que les billets d’avion, le reste va tout
seul.
sentiment d’avoir vécu un moment privilégié,
et de ramener autant de belles images qu’une certaine
forme de repos et d’humilité devant ce peuple
courageux et sympathique, montagnard lui aussi…
Alors n’hésitez pas, et surtout rappelez-vous,
ne prenez que les billets d’avion, le reste va tout
seul.
L’un
d’eux
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